
•Sortie France le : 3 juillet 2024 •Synopsis et bande-annonce : les-fantomes-vostfr (via Memento Distribution/YouTube) •Chronique :
Un groupe très discret — Un homme potentiellement trop discret — Un film à l’efficace simplicité …
Leurs fuites, leurs périples, les immigrés, nos immigrés.
Comme une suite à Green Border et surtout il rappelle que ce n’est pas parce que ce qui se passe en Syrie ne soit plus relayé dans la presse, qu’il ne s’y passe plus rien (- En effet, cette guerre qui a probablement lassé les rédactions qui sont passées à celle en Ukraine, puis aux événements du 7 octobre 2023 en Israël, ni prêtent plus attention -), à sa manière qui est très bien faite, Les Fantômes nous rappelle donc qu’à ce jour, il y a toujours une catastrophe humaine en cours en Syrie.
Les Fantômes, c’est voir l’expression faciale d’une personne à l’énonciation du nom d’une prison syrienne : celle de Saidnaya. Très clairement, avec ce plan et cet instant, pas besoin d’explications supplémentaires pour ce qui est de faire comprendre l’enfer que cela doit être pour les détenu.e.s dans ce lieu.
Bien que visuellement rien ne soit très poussé pour ce qui est du déroulé côté récit, Les Fantômes demeure un thriller qui rend curieux et qui agit sur soi.
Montre des existants auxquels on ne pense pas, montre des processus, montre surtout des êtres brisés mis à l’oubli, montre des invisibles meurtris « en apparence sans particularités » , qui si ils étaient visibles pourraient nous amener à leur poser des questions sur leur vécu, des personnes qui n’attendent pas une action des autorités judiciaires, non, ce sont juste des personnes qui sont des exilé.e.s, des déraciné.e.s de force qui veulent une chose : « Que Justice soit faite » pour débuter une nouvelle autre étape de leur vie.
Lorsque je disais que visuellement il n’y avait rien de très poussé, j’ai omis de mentionner que le récit audible se chargeait d’effectuer le travail pour ce qui est de nous faire l’état des lieux de la vie des exilé.e.s ayant fui le régime syrien, car effectivement, en accompagnement du thriller, Les Fantômes évoque une partie de la vie des exilés : leurs traumatismes, leur survie, leur fuite des autres par manque de confiance, le manque que provoque le déracinement forcé, leur quête, leur nouvelle vie, la lutte de certain.e.s personnes contre leurs pulsions de vengeance quand il y a une raison à cela, et autres situations …
La guerre en Syrie autrement, effectivement, Les Fantômes nous la fait vivre d’une manière différente que par des images de décombres et de taches de sang, comme cela nous « était » montré dans les journaux télévisés.
Très curieusement, le film parvient à nous faire ressentir la douleur des autres via les témoignages audios et sans honte, j’admets qu’une pression pectorale ainsi qu’au cerveau s’est produite en moi, mais sans trop m’avancer, je pense que mon inconfort en entendant les témoignages de prisonniers exilés n’est rien par rapport aux traumas ne serait-ce que d’un ou d’une des ces rescapé.e.s d’une prison syrienne.
Thriller d’espionnage, film aux antipodes de ce que l’on voit d’habitude et qui proposerait de l’intensité et du suspense, Les Fantômes, il n’y a rien de tout cela ici. L’observation pour nous, comme l’effectue le personnage principal, est l’essentiel. En associant cette attitude aux faits réels dont nous »connaissons » l’existence, ce thriller se vit vraiment différemment.
Montre qu’il y a plusieurs façons de combattre le mal et l’injustice, la présentation de la forme d’auto-justice par l’enquête et de la suite à donner dont la prise de décision concertée est donc collective rend curieux et peut questionner, Les Fantômes est très particulier.
Voir, savoir, comprendre, son récit tiré de faits réels est dur, mais il est aussi touchant. Est bien instructif sur une guerre qui se déroule loin de nous, mais pire, loin des yeux désormais, c’est en cela que ce film est une œuvre importante au moment de sa diffusion, même pour après.
Car Les Fantômes qui invite à ne pas oublier ce qui s’est passé et se passe en Syrie, invite à comprendre la douleur d’exilé.e.s, de déraciné.e.s qui font ce qu’ils peuvent pour survire physiquement et psychologiquement, est une œuvre honnête, humaine, un film utile. Bonne toile !
- p.s : Ne pas s’attacher au personnage principal est un sacré défi.
« Il est difficile de faire un deuil, quand la disparition n’est pas incarnée. »