Joyland, +++-

•Sortie France le : 28 décembre 2022
•Synopsis et bande-annonce : joyland-vostfr (via Khoosat Films/YouTube)
•Chronique :

 

Des plans qui n’ont pas besoin d’explications comme celle d’une salle qui se vide lors de la prestation scénique d’une danseuse précise — Des principes, mais tout dépend de qui on est — Trois portraits de femme, dont deux très beaux …

« Qui voudrait regarder un travelo ? »
Attention. Cette œuvre n’est pas un film romantique !
Je le précise d’entrée au cas où vous vous seriez contenté.e.s de sa consensuelle bande-annonce.

Vivre en famille sans avoir le choix de sa vie, de contrôle sur elle, est-ce vivre !?
Vivre dans un corps que l’on n’a pas choisi et ressentir l’irrépressible besoin d’être soi, alors pourquoi est-on rejetté ?
Le patriarcat, après x films sur le sujet, vous n’avez toujours pas compris ce que c’est ?
Joyland, trois thématiques dans un ensemble bien instructif et très convaincant, c’est parti !

Joyland nous présente des cas de figure qui parfois interpellent, parfois agacent, et quelques fois inquiètent. Devant ce qui s’apparente à une histoire d’amour passionnel, on apprécie la délicatesse, la pudeur et la dureté du récit.
Biba est une belle femme, mais une belle femme rejetée par beaucoup car différente. Quand les autres la voit travelo, elle se sent femme. Attention, il ne faut pas se tromper côté distinguo qui est intelligemment illustré dans une scène.
Haider est un homme gentil, dévoué. Haider craint beaucoup son père.‎ Il aime deux femmes qu’au fond, il ne connaît pas vraiment.
Probablement le plus beau personnage – comme celle qui l’incarne -‎ Mumtaz est une belle femme intelligente et pleine de caractère, qui a goûté à l’indépendance, mais voilà.‎ Elle porte son homme Haider et veut échapper à ce qu’elle considère comme étant une tragique destinée , et là aussi, mais voilà !
Ça ne loupe pas ! Dans les histoires d’amour classiques, à trois, les concernés – qui le vivent à leur dépens – trouvent cela compliqué. Mais une histoire d’amourS à trois, dans un pays avec des règles qui n’avantagent pas l’émancipation de la femme et n’est pas vraiment ouvert d’esprit sur ses membres de la communauté Lgbtqia+, là, forcément, aucune chance que cela se passe bien, même si tout se déroule en mode tranquille dans le film.

Dévotion, sacrifices avec l’acceptation d’être réduite au service des autres, pression sociale et sociétale, mensonges, les convenances et les qu’en dira-t-on face au désir consumant de toutes sortes à tout âge et face au manque de courage ; Le patriarcat institutionnel incarné par un personnage masculin qui gère sa famille ; Et une femme qui en accomplissant son rôle d’agrandir inlassablement la famille représente l’autre versant. À la lecture des ces dernières lignes, vous pourriez croire que ce film est prise de tête. Détrompez-vous, car il n’en est rien.‎

Film qui revendique la liberté d’être, mais qui montre qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour comprendre la communauté Lgbtqia+ et pour surtout éviter les amalgames, Joyland, il y a de cela.
Un film qui montre à quel point enfermé dans un système familial, on peut imploser devant tant d’injustice surtout quand on déploie beaucoup d’énergie et que l’on nourrit le doux espoir d’un changement pour ne pas dire une évolution, Joyland, c’est aussi cela.
Joyland, qui en plus du reste, est touchant et révoltant, est un film dramatique sociétal très moderne sur la condition féminine à différents niveaux.
Seul point faible. Mon ressenti de longueur fut tenace, mais sa paradoxale fin m’a fait oublier cela. Bonne toile !

 

 


 

@cineprochereviews