Le règne animal, +++-

•Sortie France le : 4 octobre 2023
•Synopsis et bande-annonce : leregneanimal (via StudioCanal/YouTube)
•Chronique :

 

Une cicatrice qui en dit beaucoup Un mur qui s’érige comme à chaque fois qu’un sentiment de danger se précise et donc est accompagné d’attitudes Le monde animal et ses codes, ainsi que ses règles de vie parfois cruelles, mais moins que les agissements des hommes …

Récit ou fable utopique, voire dystopique sur l’évolution du genre Humain qui serait plus un retour à ce que l’homme a toujours refusé d’accepter en lui, mais aussi film de fait de société axé sur le vivre ensemble, Le règne animal, peut se percevoir sous différents angles, beaucoup d’angles ‎!

Film qui pour moi effectue énormément de parallèles à travers le traitement de nombreuses thématiques, d’entrée, je préfère mettre les pieds dans le plat en disant que je l’ai trouvé très intelligent et pertinent côté scénario. Ses effets spéciaux très convaincants sont saisissants, car très bien faits. Toutefois, j’ai ressenti une certaine longueur pour bien curieusement trépasser émotionnellement devant son finish. D’une manière ou d’une autre, ce film nous concerne, nous parle.

Est une originale aventure humaine pour raconter l’Hi‎stoire humaine d’aujourd’hui, Le règne animal aborde beaucoup de thématiques qui sont toutes sciemment présentées ici :
‎- // Celle de l’évolution (soi ou une situation, donc du changement à accepter ou qui se rejette :
‎La thématique principale du film qui est une évolution du métabolisme dont on ne sait rien, un phénomène surnaturel non maîtrisé par celles et ceux qui la vivent subissent physiquement mais aussi…les autres, cette évolution est considérée qualifiée de maladie…comme en son temps où l’envie très prononcée d’indépendance des femmes fut qualifiée d’hystérie par les hommes, bref, le film fait constater que ce qui fait peur semble toujours être qualifié de maladie, question de justifier les actes pour y faire face.
// Des mots, des propos, des termes :
C’est ‎« Récent, complexe » , ‎« Monstres, créatures, bestioles, victimes, entités vivantes comme nous. »
Rappelle la manière dont des personnes sont qualifiées dans ce type de situation, cette manière de faire m’a rappelé tout simplement celle de l’antisémitisme durant la période de la Seconde Guerre mondiale – voire avant depuis 1938 – et les réactions provoquées par la peur de l’inconnu. Hasard ?
// Des marqueurs de temps ou miroir (Racisme, rejet, traque) :
Il y a eu une période durant laquelle des personnes ont été obligées de porter une étoile jaune à cause de leur appartenance ethnique, et certaines se cachaient. De nos jours, des personnes provoquent et assument leur choix de changer de genre.‎ Ces deux thématiques, à nouveau : Hasard ?
Dans ce film, des personnes qui génétiquement subissent une transition en passant d’un être humain à un être vivant de la faune (la version poussée du concept de reconnexion), deviennent donc différentes des autres, deviennent des êtres vivants moqués, traqués, qui se cachent, que l’on cache, qui partent rejoindre un territoire où normalement ils sont censés trouver la paix, vraiment, durant une bonne partie du film, je n’ai pas cessé de faire le parallèle avec la Shoah.‎
 – // La cruauté et la perversité humaine, racisme endémique, lâcheté, jalousie :
J’ai apprécié cette façon de placer ce qui pour moi, s’apparente aux attitudes et situations d’antan qui ressurgissent chez certains êtres humains chaque fois qu’ils se retrouvent en pareille situation. Vous prendrez ce parallèle comme vous le voudrez, mais en permanence, je n’ai pas pu m’enlever cette pensée de la tête qui fut le comportement des français face aux juifs français lors de la Shoah. C’est assez troublant !
Le rappel de ce qu’est cette France rance du terroir : leur réaction face à celles, ceux, ce qui ne lui ressemble pas, leur bêtise qui engendre bien des malheurs, que cela est intelligemment traité ici. (- Bon, après, il se peut que je sois dans le faux sur toute la ligne -)
// Les rapports humains et l’humanisme en l’Homme :
Il y a la relation père-fils, ‎la thématique classique du parent‎ trop occupé ailleurs et qui ne voit pas ce qui se passe juste à ses côtés, les attitudes contradictoires comme avec ce père la morale, père aimant, mari dévoué qui se contredit souvent par ses actes.
// Le consumérisme :
Le climat et les dégâts engendrés dans le monde à cause de nos choix, ainsi que le type de consommation de beaucoup sont des thématiques bien abordés.
// Des attitudes :
« On doit leur laisser la forêt » versus « Il faut éliminer ces bestioles. »
Des réfractaires versus des personnes qui acceptent le phénomène de la mutation‎. Avec la mise en lumière de la dualité des sentiments ou comportementale face aux phénomènes inconnus, le film montre ‎qu’il ne faut pas perdre espoir en l’être humain, en son intelligence et en son esprit de discernement.
// L’homme qui doit se rappeler qu’il possède en lui l’instinct primaire qualifié : d’instinct animal :
La redécouverte de ses capacités de survie, de la défense des siens, de la beauté de la forêt qui normalement devrait être son sanctuaire.‎
// Résilience ou pas et illustration du fameux : « Nul n’est à l’abri » :
Aborde le fait qu’un jour, un événement s’impose à vous et que malgré vos idées préconçues, vos convictions, votre rejet de la différence, il vous faudra composer avec.
Cette thématique sociale m’a rappelé ces parents qui rejettent leur enfant car ils sont devenus homosexuels, mais aussi les personnes qui ont accouché d’enfants trisomiques ou qui sont atteints de maladies génétiques ou psychiatriques, des personnes victimes d’AVC, des personnes dont la vie se retrouve bousculée par un événement ou un accident et qui se pensaient à l’abri de ce qui leur arrive, qu’elles ne seraient pas touchées par au moins un de ces types d’événements, qu’elles ne seraient pas « trahies » par leurs enfants à qui elles ont fourni une éducation parfois religieuse stricte et qu’elles accusent ou/et reprochent d’avoir dévié.
Question de rester dans sa philosophie de film social ouvert à tout le monde, pour équilibrer la balance, il présente celles et ceux‎ qui n’abandonnent pas les leurs en prenant discrètement beaucoup de risques, cela en supportant les moqueries, critiques et menaces proférées à l’encontre des leurs, oui, ils font profil bas. Cela ne vous rappelle rien !?

Plus léger, Le règne animal, ce sont des ‎personnages très intéressants :
– Émile sait une chose que son père ne sait pas et du haut de sa période de puberté, il vit et surtout regarde autrement les choses et les personnes autour de lui.
– Nina – l’intelligente et perspicace Nina – a un handicap qui aux yeux de certains la rend différente, et comme les personnes différentes se reconnaissent entre-elles…voilà ! Nina‎ est pour moi le plus beau personnage du film.
– Julia (Adèle) est désabusée et à besoin d’action.

Pour accompagner son récit visionnaire et humaniste, Le règne animal nous tient aussi avec sa captivante ambiance thriller qui se suit facilement, mais son drôle d’humour n’est pas mal non plus.
En effet, pour moi, bien que très sérieux côté messages, son récit comporte des décalages qui sont souvent burlesques, un peu d’humour potache comme l’incarne le personnage du professeur de sport… « cherchez l’erreur » , une gendarme qui s’ennuie ferme et qui très réaliste, relativise beaucoup de choses.
Comme pour dire que même dans les situations d’urgences, il faut savoir prendre du recul et souffler un bon coup question d’éviter de tout voir en noir, j’ai trouvé que les instants d’humour incarnaient la vie normale qui suit son cours.‎

Le règne animal est pour moi un film de genre, un thriller engagé qui ‎glisse doucement vers une œuvre contemporaine contemplative d’une grande sensibilité. Il remet en cause le sentiment qu’est la confiance, ou encore cette sempiternelle vanité et sournoiserie qui poussent à l’intranquillité permanente lorsque l’on est ne serait-ce qu’un peu différent, que l’on a une différence physique, comportementale, ou matérielle.

Le règne animal, ‎j’ai aimé cette définition de la cohabitation : « Cela ne veut pas dire ensemble l’un sur l’autre ou juste à côté » , que j’ai prise comme un message subliminal au fait qu’aujourd’hui, les personnes qui aiment vivre tranquillement dans leur coin sont facilement jugées comme des associables, ou quand d’autres traquent, chassent ces êtres vivants que sont les animaux, ces animaux qui viennent – « les menacer » – dans leur espace, alors que cet espace a été‎ pris aux animaux dont le territoire est de plus en plus restreint.
Car oui, film engagé : urbanisation versus l’espace rural et forestier, il montre la beauté de la forêt, cet espace de plus en plus restreint et contaminé par l’homme, l’œuvre s’échine à montrer le visage des vrais méchants. (- Le parti pris assumé plaira ou pas -)

Quelques fois touchant surtout quand il parle avec beaucoup de sensibilité des personnes différentes, montre la bienveillance de certaines personnes envers d’autres ou d’autres êtres vivants, comporte des beaux discours très efficaces, Le règne animal est intelligent, surprend, ces clins d’œil, dénonciations, revendications, rappel à l’ordre ou rafraîchissement de mémoire, hommages, appel à des prises de conscience, ses messages d’espoir, font effectivement de lui – sous ses airs de film science-fiction expérimental aux sublimes et scotchants effets spéciaux – un film engagé, inclusif, et espérons que son public détecte les motivations de son réalisateur. Mon seul grief demeure le ressenti de longueur. Bonne toile !

 

« J’aime les animaux, mais de loin »

« La peur, c’est la maladie de notre époque »

« La cohabitation : Cela ne veut pas dire ensemble l’un sur l’autre ou juste à côté. »

 

 

  •  p.s :  La Police et le problème de la formation. Que le fait, que ses membres qui mentionnent ou dénoncent cette situation, cela semble vieux comme le monde.

 

 


 

@cineprochereviews